Constat et vision

Le but de l’école est d’apprendre aux élèves des contenus prédéfinis permettant la réussite de diplômes pendant une période d’environ 12 années.

 

Malgré de nombreuses tentatives de réformes, le niveau moyen des écoliers français continue de se dégrader. Les inégalités se creusent, les élèves sont de plus en plus anxieux et stressés. (enquête PISA de 2012)

 

À la sortie du primaire, 40% des élèves, soit 300 000 enfants chaque année, ont des acquis fragiles ou rencontrent des difficultés sévères ou très sévères (15%), ces résultats sont strictement identiques à la sortie du collège. À 17 ans, lors de la Journée défense et citoyenneté (JDC), 10% des jeunes rencontrent des difficultés sévères en lecture, auxquels s’ajoutent 9% de lecteurs « lents et peu fiables ».

 

Les conséquences de cette situation sont que chaque année 150 000 jeunes quittent le système éducatif sans qualification.

 

Créée en 1880, le système scolaire actuel ne semble plus pertinent pour répondre aux attentes du XXIe siècle. Le monde d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’il était il y a 100 ans. Il n’a même rien à voir avec ce qu’il était il y a 20 ans ! Il change de plus en plus rapidement mais l’instruction n’évolue pas aussi vite que nos modes de vie. Ce qui fige cet univers, c’est le poids des représentations de chacun dans une société devenue hétéronome. L’Etat a conçu une énorme machine — le système éducatif — sous forme d’une chaîne industrielle et tayloriste scolaire dont le but déclaré était le formatage de futurs citoyens conformes à ce dont il avait besoin ("L’école doit être la garante de l’ordre social” disait Guizot).

Mais c’est surtout qu’ainsi se sont instaurées, pour les adultes sortis de cette école, les multiples croyances (représentations) qui la font maintenir en l’état : pas d’apprentissage sans contrainte et effort ; pas d’appropriation de connaissances si elles ne s’effectue pas dans une progression linéaire qu’on pense rationnelle (programmes). L'institution (l'Education Nationale) a jugé indispensable que les savoirs ne puissent s’acquérir en dehors de l’école.

 

Selon Peter Gray (cf. Ressources), le mouvement de désertion des écoles est notamment facilité par la révolution des technologies de l'information. De nos jours, un simple ordinateur connecté à Internet permet à quiconque d'avoir accès au patrimoine intellectuel de l'humanité, présenté sur un plateau par de moteurs de recherche faciles d'utilisation. On trouve quasiment tout sur Internet : des vidéos et des instructions expliquant comment s'y prendre pour faire telle ou telle chose, des arguments ou des contre-arguments pour réfléchir à telle ou telle idée, et même des forums pour en discuter. Cela est bien plus formateur intellectuellement que l'approche du système scolaire standard, où il n'y a qu'une réponse exacte.

 

Allons-nous continuer à voir nos enfants comme des vases vides qu’il faut remplir ?

 

Pouvons-nous prétendre savoir de quoi auront besoin les adultes de demain ?

 

L’instruction obligatoire est-elle adaptée à notre société ? A l’être humain ? A l’épanouissement de nos enfants ?

 

Suite à un long cheminement, et guidés par ces questions, nous sommes arrivés à la conclusion qu’une instruction imposée, avec des cours, des matières, des horaires, des emplois du temps n’est pas respectueuse de l’être humain, de ses processus d’apprentissage, de son individualité.

 

Nous considérons que les activités concrètes journalières donnent l'occasion d'apprentissages, d'acquisitions de compétences. Une activité, cela peut-être : discuter, jouer à un jeu de société, faire une cabane, réaliser un objet que l'on a imaginé, etc... Les apprentissages dans sa langue, en maths, science, géographie ou autre, ne sont pas différenciés ou identifiés comme tels, mais font partie d'activités concrètes. Ainsi on trouve des maths en faisant les courses, des sciences dans la préparation d'un gâteau, ou encore pendant une conversation, une promenade, en voiture ou à tout moment. Du point de vue de l'enfant, c'est l'activité qui est primordiale, bien qu'il puisse aussi s'intéresser à des apprentissages de nature plus spécifiquement intellectuelle. L'apprentissage est donc intégré et contextualisé d'une façon qui ne peut que rarement être réalisée dans les leçons formelles.

 

Les enfants ont besoin de s'engager dans leur environnement, de faire en sorte qu'il fasse sens, et ils ont besoin de s'approprier de nouvelles expériences à la lumière de ce qu'ils connaissent déjà. En d'autres termes, ils ont besoin d'imposer leurs propres enchaînements logiques sur le chemin des apprentissages informels. C'est l'apprenant qui décide, consciemment ou inconsciemment, à quel moment se concentrer, tenter quelque chose de difficile ou de répétitif, aller vers quelque chose pour consolider un savoir. La logique d'un programme peut avoir un sens pour les adultes, mais il n'est pas nécessaire de demander à un enfant, dont la base de connaissances est en développement, de l'assimiler. (1)

 

Nous lançons donc un projet de création d’une école démocratique à Nîmes, basée sur le modèle Sudbury. Cette philosophie est née de la Sudbury Valley School créée en 1968 aux USA, et toujours ouverte aujourd’hui. Ce genre d’école est peu connu mais n’a rien de nouveau. Les écoles démocratiques existent depuis 100 ans (Summerhill, 1921 toujours ouverte).  

 

(1) Pour en savoir plus, deux ouvrages très accessibles : À l'école de la vie - les apprentissages informels sous le regard des sciences de l'éducation aux éditions L'instant Présent et La Simplexité d'Alain Berthoz.